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12 février 2007 1 12 /02 /février /2007 17:09
Guy Birenbaum a analysé la naissance des éditoriaux de la presse à partir d'un mot "iconoclaste" qui se retrouve dans la quasi totalité des " papiers " relatifs au projet de Ségolène. Je reproduis son texte extrait de son blog :
http://birenbaum.blog.20minutes.fr/
L'iconoclaste et la boucle de l'info.
Depuis hier après-midi je m'interroge sur la manière dont la presse va retranscrire aujourd'hui le - trop long - discours de Ségolène Royal.
Je vais donc tenter de vous montrer, de manière didactique, comment fonctionne - parfois - la presse Française.
Tout a commencé pour moi ce matin avec une dépêche de l'AFP qui reprend les éditoriaux de la presse quotidienne qui paraissent (paressent) ce matin.
PARIS, 12 fév 2007 (AFP) - Les éditorialistes de la presse nationale salue lundi la véritable entrée en campagne de "l'iconolaste" Ségolène Royal, après le "trou d'air" souligné par les mêmes observateurs ces dernières semaines. avec son discours programme de Villepinte et ses 100 propositions. "La candidate existe, les socialistes l'ont rencontrée", dans Libération, Jean-Michel Thénard donne le ton en revenant sur les doutes que la phase des débats participatifs lancés par Ségolène Royal avait fait naître au sein du parti, et affirme "la socialiste a réussi son pari de donner corps à sa démocratie participative qui inquiétait tant ses amis. Elle a débouché sur un projet où domine la Royal iconoclaste du printemps 2006. Celle qui avait secoué quelques tabous de la gauche."
Comme d'autres François-Xavier Pietri note dans la Tribune que pour la candidate socialiste "les 35 heures ont ainsi bien eu des effets négatifs (!), l'entreprise
n'est pas forcément le démon, la dette est bel et bien " insoutenable", tout en rappelant "les multiples gages donnés à l'aile gauche du parti".
 Pierre Laurent estime lui aussi pour l'Humanité que "la candidate socialiste a décidé d'infléchir son discours à gauche".
Dans les colonnes du Figaro, Alexis Brézet, bien que reconnaissant que Mme Royal "a pourtant su installer avec son public des moments de vraie émotion", ne partage pas l'analyse. L'éditorialiste juge que "pour le reste, le miracle n'a pas eu lieu", estimant que "Royal a tenu la distance, mais son discours rendait un son curieusement désaccordé."
Dans La Croix, François Ernenwein affirme que "Ségolène Royal est nettement entrée dans la campagne, faisant entendre sa différence par l'accent mis sur la qualité de son écoute."
Dans La Montagne, Alexandre Morel, pense comme beaucoup que "ce programme parfois iconoclaste, elle le valide en relayant les +cris de colère+ remontés de sa démarche participative."
Tel Jacques Camus de La République du Centre, certains éditorialistes s'interrogent sur cette "synthèse plutôt réussie, dont il ne reste désormais qu'à savoir combien ça coûte" et comme lui, mettent dos à dos les deux concurrents les plus sérieux: "Ségolène Royal veut amener de la sécurité pour la +France qui souffre+ là où Nicolas Sarkozy veut apporter de la liberté à la +France qui travaille+".
Même son de cloche dans L'Alsace où Francis Laffon estime que "dans cette campagne, il faut surtout n'effaroucher personne : tel est le diagnostic, similaire, établi par Nicolas Sarkozy et par sa concurrente, qui n'a pas dit son dernier mot."
Dans Le Midi Libre, Michel Noblecourt voit que "Ségolène Royal a réussi la synthèse entre les valeurs de la gauche et les +pépites des débats participatifs+." Lui, comme d'autres, insiste sur le fait que la candidate "n'a abdiqué aucune de ses idées iconoclastes."
Ce que Jacques Guyon résume dans La Charente Libre d'un : "il lui fallait s'imposer". Et, "entrer définitivement dans la peau d'une présidentiable, donc de quelqu'un qui choisit, qui tranche, qui ose, qui impose sa propre vision. Hier, Ségolène Royal a donc muté. Avec une sorte de force tranquille." Allusion parmi d'autres notamment les 110 propositions à une filiation mitterrandienne de la candidate socialiste.
Par ailleurs, dans la Liberté de l'Est, Gérard Noël, [qui n'a pourtant pas les honneurs de cette dépêche globale mais d'une dépêche isolée à 4h17], va exactement dans la même direction et avec le même terme :
"(...)Celle-ci jouait une partie importante dans la mesure où il lui fallait marier le programme initial du PS, certaines propositions de ses rivaux des primaires, les apports des débats participatifs et sa vision parfois iconoclaste aux yeux d'une gauche dogmatique.(...)"
L'AFP nous montre donc que plusieurs éditorialistes Français de renom ont insisté sur le caractère "iconoclaste" de la candidate.
Cela justifie bien évidemment que le titre de cette dépêche soit "L'ancrage à gauche du pacte présidentiel de Mme Royal, l'iconoclaste (presse)".
Je vous avoue qu'en découvrant cette unanimité sur un même mot, plutôt rare, j'ai eu immédiatement la puce à l'oreille...
Quatre éditorialistes chevronnés + la dépêche AFP derrière qui va être largement reprise dans tous les autres médias...
Ça m'a interrogé.
Alors j'ai décidé de chercher une source éventuelle à cette unanimité nationale.
Et j'en ai trouvé une...Possible voire même probable.
Hier à 18h52.
Une dépêche de... l'AFP : PARTIS-PS-PRÉSIDENTIELLE-ROYAL - 11/02/2007 18h52 - AFP IMPRIMER
Origine : France Ségolène Royal présente son "pacte présidentiel" pour relancer sa campagne (ACTUALISATION, PAPIER GENERAL)
Par Christine COURCOL et Thierry MASURE=(PHOTO+VIDEO)= ATTENTION - Actualisé après fin du discours ///
VILLEPINTE (Seine-Saint-Denis), 11 fév 2007 (AFP) - Ségolène Royal a présenté dimanche dans une ambiance électrique un "pacte présidentiel" en 100 mesures, ne reniant rien de ses propositions controversées, et tentant de redonner du baume au coeur des socialistes après une série de mauvais sondages.
Dans un discours-fleuve de deux heures, à Villepinte, la candidate socialiste, plus à l'aise qu'à l'habitude dans les grands meetings, a défendu une orientation ancrée à gauche devant un public en liesse de milliers de militants (20.000 selon les organisateurs), tout acquis à sa cause.
Après "Le progrès pour tous et le respect pour chacun", elle est désormais dotée d'un nouveau slogan de campagne: "Plus juste, la France sera plus forte", dévoilé en fin de meeting.
A l'exception de Lionel Jospin, l'establishment socialiste était au complet pour ce premier grand rendez-vous, censé donner un coup de fouet à sa campagne alors qu'à dix semaines du scrutin, Mme Royal est régulièrement donnée battue dans les sondages par son rival de l'UMP Nicolas Sarkozy.
Son compagnon François Hollande, premier secrétaire, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, ses challengers malheureux de la "primaire", Bertrand Delanoë, Martine Aubry, Henri Emmanuelli, Arnaud Montebourg ont offert une image d'unité avec elle.
Très directe et fidèle à sa marque de fabrique, la "démocratie participative", Mme Royal, jupe et veste rouges, est sortie plusieurs fois d'un texte écrit pour improviser, jouant du dialogue avec la salle et se faisant l'interprète de "la colère" des Français, un mot revenu souvent dans sa bouche.
Elle a même fait chavirer le public lorsqu'elle a évoqué le sort des jeunes des banlieues. "Je veux, en tant que mère, pour tous les enfants qui naissent et grandissent en France, ce que j'ai voulu pour mes propres enfants", a-t-elle lancé, au bord des larmes. L'ovation a duré deux bonnes minutes.
Son "pacte d'honneur et de confiance" qui, avec cent mesures, fait écho aux 110 propositions de François Mitterrand, promet une série de mesures sociales "le plus tôt possible", dont une hausse du Smic à 1.500 euros (1.250 aujourd'hui) ou l'augmentation de 5% des "petites retraites".
Mme Royal a énormément insisté sur les priorités du PS, comme le logement (les logements vides seront "surtaxés"), l'éducation, " encore et toujours", "la sécurité sociale professionnelle". Mais elle n'a pas chiffré ses nombreuses propositions.
Accablant la droite et son bilan, elle a décrit, le poing serré, "des vies brisées, des familles humiliées, des destins marqués du sceau d'une malédiction qui ne dit pas son nom".
Mais Mme Royal n'a rien concédé de ses positions parfois iconoclastes, qui prennent à rebrousse-poil l'idéologie socialiste traditionnelle: encadrement militaire des jeunes délinquants, révision de la carte scolaire, régionalisation poussée face à "l'Etat jacobin", jurys citoyens.
Si Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius se sont refusés à tout commentaire, leurs proches n'ont pas caché leur satisfaction.
"C'est un discours qui a une vision, a déclaré Pierre Moscovici, proche de DSK. Les Français savent maintenant à quel choix de société ils sont appelés: ce sera vraiment la droite contre la gauche solidaire".
Pour Elisabeth Guigou (jospiniste), "il y a à la fois une vision et des propositions, ce qu'il fallait faire, ça va remotiver tout le monde" et, selon Marie-Noëlle Lienemann, ce discours devrait provoquer "le rebond de la campagne".
Tout sourire, le porte-parole du PS Julien Dray estimait que "le match recommence, il y a maintenant un projet sur la table".
chc-tma/ms/df
Voilà.
L'iconoclaste originel est sans doute là.
Vous avez compris comment fonctionne l'information dans ce pays ?
En boucle fermée.
L'AFP donne le "la" en fin de journée avec brio.
Les éditorialistes de la presse écrite reprennent l'AFP dans leurs papiers qui sortent le lendemain matin.
L'AFP reprend dans une dépêche globale matinale les papiers des éditorialistes qui ont eux-même repris la trouvaille de l'AFP.
Et du coup il est assez certain que nous allons bouffer de "l'iconoclaste" toute la journée à la radio et à la télévision (Je vous propose de les traquer dans la journée). Au moins dans les revues de presse.
Maintenant vous savez pourquoi ! Et surtout comment ça marche...
Oh au fait, juste pour finir. Un dernier pour la route.
Gérard Noël qui a trouvé madame Royal iconoclaste ce matin dans La liberté de l'Est a écrit ça la semaine  dernière (le 9)  toujours dans son journal :
"Le Président ne se berce plus d'illusions. Nicolas, le cousin turbulent et iconoclaste, qui ne lui rend hommage que pour mieux le dissuader de poursuivre sa mission, a pris l'ascendant sur la famille qui ne jure plus que par lui et qui compte bien lui confier les clés de la maison. (...)
Vous avez dit iconoclastes ?

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Published by quintinus
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